leçon n° 
75

Malgré que

1. Citons Joseph Hanse (Les nouvelles difficultés du Français moderne), un des plus grands grammairiens du 20ème siècle...

« Malgré que » est condamné avec obstination par les puristes mais est incontestablement correct au sens de bien que, et est suivi du subjonctif.

2. Dans le Dictionnaire des difficultés du français (dictionnaire Robert), on lit :

La locution malgré que, suivie du subjonctif et introduisant une subordonnée concessive, est aujourd’hui passée dans l’usage des meilleurs écrivains :
⇨ Justin, malgré qu’il fût peu physionomiste, demeura frappé par la ressemblance qu’accusait son visage avec celui de M. Rasselène (Aymé).
⇨ Même il faisait déjà presque chaud, malgré qu’à ces hauteurs les matinées ordinairement soient assez fraîches (Ramuz).
⇨ Malgré que le soir fût d’une tiédeur extrême (Mauriac). Malgré que me le conseillât la prudence (Gide).
⇨ Malgré qu’il fût sévèrement jugé par les bourgeoises de la petite ville, ce constant souci de toilette n’alla jamais jusqu’à la faire suspecter de légèreté (Vidalie).

3. Enfin, le plus grand, Grevisse, affirme :

Malgré que a été formé sur la préposition malgré, d’après le modèle de nombreuses locutions conjonctives correspondant à des prépositions (avant que, après que, dès que, sans que, etc.).
Malgré que a peut-être appartenu d’abord à l’usage populaire. La locution n’a plus ce caractère, comme le montrent les exemples suivants qui font fi de la résistance des puristes :

⇨ Malgré que je fusse mal satisfait de mon arrestation, il y mit de la courtoisie (Vigny).
⇨ Malgré qu’il n’entrât guère en ma chambre, j’entendais souvent, la nuit, un bruit furtif qui venait jusqu’à ma porte (Maupassant).
⇨ Malgré qu’on fût au déclin de la saison (A. Daudet).
⇨ Malgré qu’une partie de moi-même résistât (Barrés).
⇨ Malgré que je ne le puisse imaginer (A. France).
⇨ Malgré qu’il eût vingt ans de plus que moi (Gide).
⇨ Jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre (Proust).
⇨ Malgré qu’il ait obtenu tous les prix de sa classe (Fr. Mauriac).
⇨ Elle vit Jacques d’un mauvais oeil, malgré que de son côté elle trompât Lazare avec un peintre (Cocteau).
⇨ Malgré que le soir tombe (J. Romains).
⇨ La camionnette, malgré qu’on eût chaîné les pneus, ne se risque plus guère à franchir les rampes glacées (Gracq).

Alors, soit les plus grands grammairiens et auteurs sont des cons, soit il faut arrêter de se branler le cerveau en disant que malgré que n’existe pas !